Compétences non techniques : le référentiel HAS et FHS1 2026, un levier pour la qualité, la sécurité et le travail en équipe
La publication du référentiel sur les compétences non techniques en avril 2026 marque une étape importante pour la qualité et la sécurité des soins. En reconnaissant explicitement le rôle des facteurs organisationnels et humains, il apporte un cadre commun pour former, observer et faire progresser des compétences longtemps jugées implicites, pourtant déterminantes dans les situations de soins complexes.
Dans les organisations de santé, la performance ne repose jamais sur la seule maîtrise technique. La coordination, la communication, la conscience de la situation, la prise de décision, la gestion du stress ou encore le leadership conditionnent directement la qualité des prises en charge et la capacité des équipes à récupérer les erreurs avant qu’elles ne deviennent des événements indésirables associés aux soins.
Le référentiel rappelle ainsi qu’une équipe techniquement compétente mais insuffisamment coordonnée reste vulnérable, alors qu’une équipe entraînée aux compétences non techniques gagne en fiabilité, en réactivité et en robustesse collective.
Le document clarifie également le sens même de ces compétences. Les compétences non techniques ne sont pas des « compétences accessoires » ni un ajout séparé aux référentiels métiers : elles constituent des ressources cognitives, sociales et personnelles mobilisées dans l’action professionnelle, en complément des compétences techniques. Cette distinction est importante sur le plan pédagogique. Elle permet de rendre visibles des dimensions souvent implicites, sans les isoler artificiellement de la pratique réelle, ni les réduire à une liste de comportements décontextualisés.
Le référentiel s’inscrit dans une logique d’approche par compétences et de progression continue. Il propose un socle commun, adaptable aux formations initiales comme à la formation continue, et invite à enseigner les compétences non techniques dans des situations professionnelles authentiques, à travers des méthodes actives telles que la simulation, les études de cas, les jeux de rôle, le briefing-débriefing ou le retour d’expérience. Il insiste aussi sur le fait que l’apprentissage doit être pluriprofessionnel, intégré aux curriculums existants et soutenu par des environnements favorables à l’apprentissage collectif.
L’un des apports majeurs du référentiel est de réconcilier la logique des compétences avec une approche systémique de la sécurité. Les facteurs organisationnels et humains fournissent le cadre de compréhension : ils invitent à analyser non seulement l’individu, mais aussi le collectif de travail, les situations, les procédures, le matériel et la gouvernance. Les compétences non techniques en sont la traduction observable dans les pratiques quotidiennes. En ce sens, travailler les compétences non techniques revient à agir concrètement sur les conditions de fiabilité du système de soins, et pas seulement sur les individus.
13 fiches pédagogiques
Le référentiel identifie treize fiches pédagogiques organisées autour de grands domaines : comprendre l’organisation sûre, analyser son propre fonctionnement en situation de soins, et agir avec les compétences clés que sont notamment le leadership, la communication efficace, la gestion de la charge de travail, la conscience de la situation et la prise de décision.
Ce découpage n’a pas vocation à enfermer la formation dans des objets isolés ; il sert au contraire de porte d’entrée pour concevoir des apprentissages intégrés, articulant l’analyse de cas, la compréhension des concepts, l’observation en situation et le débriefing structuré.
Pour les établissements et les structures de formation, ce référentiel ouvre plusieurs perspectives concrètes. Il fournit d’abord un langage commun pour concevoir des formations sur les facteurs humains, harmoniser les pratiques et soutenir les équipes de terrain. Il permet ensuite d’ancrer les actions de formation dans les priorités de sécurité les plus fréquentes : transmissions, coordination interprofessionnelle, situations d’urgence, charge de travail, fatigue, stress ou annonces difficiles. Enfin, il offre un appui pour relier les démarches pédagogiques aux politiques qualité, aux retours d’expérience et aux dispositifs de développement professionnel continu.
Au-delà de l’outil pédagogique, c’est une évolution culturelle qui se dessine. Reconnaître les compétences non techniques, c’est admettre que la sécurité dépend d’un travail collectif sur les interactions, les décisions et l’organisation. C’est aussi affirmer que ces compétences s’apprennent, se pratiquent et se renforcent tout au long de la vie professionnelle. Dans un système de santé confronté à la complexité croissante des soins, à la spécialisation des métiers et à la pression sur les équipes, ce référentiel peut devenir un véritable appui pour construire une culture de sécurité partagée, plus durable et plus juste.
- Le référentiel est accessible à : https://www.has-sante.fr/jcms/p_3904708/fr/referentiel-de-competences-en-facteurs-humains-au-service-de-la-qualite-et-la-securite-des-soins-competences-non-techniques
1- Association Facteurs Humains en santé : www.facteurshumainsensante.org
Gestion périopératoire des patients sous antithrombotiques : des outils pour sécuriser le parcours
Plusieurs millions de patients sont traités en France par des anticoagulants ou des antiagrégants plaquettaires. En cas d’intervention, ils sont exposés à des risques à la fois hémorragiques et thrombotiques, nécessitant une adaptation de leur traitement. Malgré les nombreuses recommandations de bonnes pratiques existantes, des défaillances surviennent encore lors du parcours de soins avec des conséquences importantes : prolongation de l’hospitalisation, reprise chirurgicale, voire décès.
L’analyse de la base de retour d’expérience du dispositif d’accréditation des médecins et équipes médicales a identifié 363 événements indésirables associés aux soins avec des conséquences majeures, liés à la gestion périopératoire des anticoagulants. La majorité de ces événements faisait suite à des erreurs de prescription. Les principaux facteurs favorisants étaient des défauts de communication (entre l’hôpital et la ville ou lors de la réalisation de la check-list), une organisation insuffisamment formalisée (absence de protocole, répartition peu claire des responsabilités de chacun) et des consignes inadaptées au patient.
Pour réduire ces risques, la Haute Autorité de santé propose plusieurs outils regroupés au sein d’une solution pour la sécurité du patient :
- des prérequis rappelant l’importance de protocoliser localement la gestion périopératoire des antithrombotiques selon les dernières recommandations et de faciliter la transmission d’informations entre professionnels, en particulier entre l’hôpital et la ville ;
- des points-clés à chaque étape :
- avant l’intervention, s’assurer de la compréhension du patient concernant la gestion de son traitement,
- lors de l’intervention, s’appuyer sur la check-list « sécurité du patient au bloc opératoire » pour vérifier la conformité de la gestion du traitement, en veillant notamment à réaliser collectivement le troisième temps,
- après l’intervention, anticiper la sortie et permettre au patient et aux professionnels de ville de contacter l’hôpital en cas de doute. Pour les patients particulièrement à risque, renforcer le lien avec les professionnels de ville ; - un passeport « Intervention au bloc opératoire sous antithrombotiques », qui accompagne le patient tout au long de son parcours. Il vise à faciliter la transmission d’informations entre les professionnels hospitaliers et de ville et à impliquer le patient dans la sécurisation de son traitement. Il reprend les informations relatives :
- au traitement antithrombotique habituel,
- à l’intervention et aux risques associés,
- aux consignes d’arrêt, de relais, de reprise et de suivi biologique (avec un plan de prise médicamenteuse si
nécessaire),
- aux coordonnées utiles en cas de doute ou de difficulté ; - une affiche pour sensibiliser les patients afin qu’ils signalent systématiquement leur traitement avant une intervention et soient acteurs dans la gestion périopératoire de leur
traitement.
Une check-list labellisée par la HAS pour la chirurgie urologique
La HAS a labellisé la check-list « Sécurité du patient en chirurgie urologique », élaborée par l’Association française d’urologie et son organisme agréé. Elle comprend un socle générique et des items spécifiques pour certains types de chirurgie. Un mode d’emploi précise les attendus et les professionnels chargés de la validation de chaque item. Volontairement exhaustive, cette check-list peut être adaptée par chaque équipe à son fonctionnement.
Complications infectieuses liées aux instillations endovésicales de BCG. Bien les connaître pour mieux les reconnaître.
Les instillations endovésicales de BCG, utilisées pour traiter les tumeurs de la vessie non infiltrantes, peuvent provoquer des complications infectieuses graves (« BCGite »), dont le diagnostic est complexe. Un flash sécurité patient élaboré par l’Association française d’urologie et son organisme
agréé, et labellisé par la HAS, rappelle les mesures essentielles pour prévenir ces complications et favoriser leur
diagnostic précoce :
- valider l’indication thérapeutique et l’absence de contre-indication ;
- s’assurer que le patient et ses proches connaissent les risques, les signes d’alerte et la conduite à tenir (consulter en cas de symptôme général, notamment de fièvre, persistant plus de 48 heures) ;
- remettre au patient une fiche d’information et un carnet de suivi précisant les contacts à alerter ;
- réaliser les instillations conformément aux recommandations de bonne pratique et ne jamais instiller en cas de sondage douloureux ou traumatique ;
- transmettre le protocole aux professionnels de ville et les sensibiliser au risque de BCGite.
Rencontres sécurité : une dynamique nationale portée par la HAS
Dans le cadre de la feuille de route nationale «Améliorer la sécurité des patients et des résidents » et de la certification des établissements de santé, la HAS mène une campagne de communication sur les rencontres sécurité.
Ainsi, près d’une centaine d’échanges ont été conduits en 2025 et 2026 avec les gouvernances d’établissements de santé volontaires afin de présenter la démarche, d’en préciser les modalités de mise en œuvre et d’accompagner les équipes dans son appropriation. Ces échanges ont concerné une grande diversité de structures : établissements sanitaires publics et privés relevant de différents secteurs d’activité (MCO, SMR, HAD, etc.) ainsi que des établissements et services médico-sociaux.
Par ailleurs, la HAS met à disposition une vidéo réalisée au sein du service de réanimation de l’hôpital de l’Ouest
Parisien. Elle illustre, en situation réelle, le déroulement d’une rencontre sécurité.
Pour en savoir plus
- HAS – Rencontres sécurité : un partenariat entre les équipes et la gouvernance : https://www.has-sante.fr/jcms/c_2887464/fr/rencontres-securite-un-partenariat-entre-les-equipes-et-la-gouvernance?utm_source=chatgpt.com
- Lien vers la vidéo YouTube : https://www.youtube.com/watch?v=aKupmHFuhwM&time_continue=0&source_ve_path=NzY3NTg&embeds_referring_euri=https%3A%2F%2Fwww.has-sante.fr%2F
Projet de soins, projet de vie en SMR : premiers résultats nationaux de l’indicateur actualisé
En 2026, la Haute Autorité de santé (HAS) a déployé la première mesure nationale obligatoire de la version actualisée de l’indicateur « Projet de soins, projet de vie » (PSPV) en soins médicaux et de réadaptation (SMR). Les résultats montrent une bonne traçabilité des évaluations réalisées à l’admission, tout en mettant en évidence des marges de progression dans la formalisation des échanges interdisciplinaires et la construction du projet de vie avec le patient.
L’indicateur PSPV évalue la qualité de la prise en charge des patients hospitalisés en SMR à travers la traçabilité, dans le dossier patient, des éléments nécessaires à l’élaboration d’un projet personnalisé. Actualisé afin de mieux refléter les pratiques actuelles et les objectifs de participation du patient à son parcours de soins, il intègre désormais des dimensions renforçant l’approche globale de la personne et la coordination entre professionnels.
La campagne 2026 a mobilisé 122 089 dossiers retrouvés et analysés dans 1 630 établissements de santé. Le score national moyen de l’indicateur atteint 84/100, calculé à partir de plus de 110 000 dossiers analysés dans 1 601 établissements éligibles. Près des trois quarts des établissements atteignent ou dépassent l’objectif de performance fixé à 80/100.
L’analyse détaillée met en évidence des niveaux de conformité élevés pour les évaluations réalisées à l’admission (de 88 à 97/100). Ces résultats témoignent d’une traçabilité largement installée des évaluations multidimensionnelles réalisées à l’admission.
En revanche, certaines dimensions demeurent moins fréquemment documentées. Les synthèses issues des échanges interdisciplinaires (56/100), pourtant essentielles à la coordination des professionnels autour des besoins identifiés du patient, restent insuffisamment tracées. De même, la formalisation du projet de vie (63/100), qui vise à prendre en compte les attentes, les objectifs personnels et les conditions de vie du patient en vue de sa sortie, constitue un axe majeur de progression.
Ces résultats montrent la nécessité de renforcer la traçabilité des besoins identifiés lors des concertations pluriprofessionnelles, de formaliser davantage le projet de vie et de documenter le recueil de l’avis du patient et, selon sa situation, de son entourage, de ses aidants ou de son représentant légal.
Au-delà des résultats chiffrés, cette première campagne nationale établit le point de référence de la version actualisée du PSPV. Elle confirme que la qualité du parcours en SMR repose non seulement sur la réalisation des évaluations et leur traçabilité, mais aussi sur la capacité des équipes à partager une vision interdisciplinaire des besoins et à construire avec le patient un projet adapté à ses priorités de vie.

Pour en savoir plus :
- HAS, Indicateur « Projet de soins, projet de vie » (PSPV) en SMR, campagne 2026, accessible à : https://www.has-sante.fr/upload/docs/application/pdf/2026-01/dir3/iqss_2026_dpa_smr_fiche_descriptive_pspv.pdf