Patient partenaire : une ambition qui se construit

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soraya mohamed ben ali

soraya mohamed ben ali

Patiente partenaire – Nantes – France
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L’introduction du terme « patient partenaire » dans le référentiel de certification des établissements de santé1 interroge aujourd’hui les organisations : comment passer de l’intention à la mise en œuvre ?

Faut-il recruter des patients partenaires ? S’appuyer sur les associations de patients ? Valoriser les travaux déjà portés par les représentants des usagers ? Autant de questions concrètes auxquelles les établissements sont désormais confrontés.

Depuis vingt ans, la certification des établissements de santé a contribué à l’évolution des pratiques et accompagné le changement de paradigme vers l’amélioration de la qualité des soins et la sécurité des patients. Les travaux issus du Programme national de la sécurité des patients2, le déploiement national de e-Satis et l’introduction de la méthodologie du patient traceur comme méthode d’évaluation des pratiques professionnelles a constitué un tournant majeur : l’expérience du patient n’était plus seulement une donnée à recueillir, mais devenait un élément structurant de l’évaluation de la qualité et de la sécurité des soins.

Parallèlement, les travaux sur l’engagement des patients3, notamment inspirés du modèle de Montréal4
ont contribué à faire évoluer la place du patient dans le système de santé. Le patient n’est plus seulement bénéficiaire du soin, mais peut devenir un acteur à part entière, impliqué aux côtés des professionnels dans les soins, les organisations, la formation ou encore la recherche.

Le partenariat patient repose précisément sur cette collaboration. Il s’agit d’une démarche dans laquelle patients et professionnels unissent leurs savoirs – scientifiques et expérientiels – afin d’améliorer la qualité des soins, la sécurité des patients et plus largement le fonctionnement du système de santé. L’expérience vécue de la maladie devient alors une ressource précieuse : le patient mobilise ses expériences et vécus pour contribuer à l’amélioration des pratiques, à l’organisation des parcours de soins et (ou) à l’accompagnement d’autres patients.

Pour autant, l’intégration réelle des patients comme acteurs du système de santé soulève plusieurs défis.

Le premier est culturel. Il s’agit de passer d’une culture historiquement centrée sur l’expertise soignante à une culture reconnaissant la complémentarité entre expertise clinique et expertise expérientielle. Cette évolution suppose un changement de perception, tant du côté des professionnels que des institutions.

Un deuxième défi concerne la reconnaissance du savoir expérientiel. Si l’expérience du patient est aujourd’hui davantage valorisée, elle peine encore parfois à être reconnue comme une expertise légitime dans les processus décisionnels.

La question du statut du patient partenaire constitue également un enjeu important. Comment articuler ce rôle par rapport à celui des représentants des usagers ? Quelles missions lui confier ? Faut-il définir un socle de compétences spécifiques ou proposer des formations adaptées ?

Enfin, le déploiement du partenariat patient soulève des questions organisationnelles et éthiques : comment identifier les patients partenaires ? Comment éviter les risques d’instrumentalisation ? Comment intégrer leur contribution dans les processus institutionnels d’amélioration et de décision ?

Dans ce contexte, les spécialistes de la qualité des soins et de la sécurité des patients ont un rôle particulièrement structurant à jouer. Par leur position transversale au sein des établissements, ils peuvent agir comme facilitateurs du dialogue entre les différents acteurs et contribuer à traduire les enjeux et le sens du partenariat patient, aussi bien auprès des équipes de soins que des instances de gouvernance. Leur expertise en matière de méthodologie d’amélioration, de gestion des risques et de conduite du changement leur permet d’accompagner l’intégration du patient partenaire dans les démarches institutionnelles de manière structurée et sécurisée. Ces facilitateurs ont également un rôle essentiel pour préserver le sens de la démarche, en veillant à ce que la participation des patients ne se réduise pas à une injonction ou à un affichage, mais constitue un véritable levier d’amélioration des pratiques et des organisations, tout en garantissant les conditions d’une participation respectueuse et non instrumentalisée.

Ces interrogations ne doivent cependant pas être perçues comme des obstacles insurmontables. Le partenariat patient ne se décrète pas : il se construit progressivement, à partir des initiatives portées par les équipes de terrain.

Dans de nombreux établissements, les équipes expérimentent déjà des formes d’implication des patients : participation à des groupes de travail, contribution à des projets d’amélioration, co-construction d’outils d’information, etc. Ces démarches, souvent modestes mais concrètes, constituent les fondations vers un partenariat.

Il importe également de ne pas enfermer le partenariat patient dans une logique exclusivement normative. Le risque serait de transformer une démarche porteuse de sens en un simple exercice de conformité. Le partenariat patient doit avant tout rester un levier d’amélioration des pratiques et des organisations, au service de la qualité des soins et de la sécurité des patients.

À cet égard, le mouvement « Qu’est-ce qui est important pour vous ? »5 offre une illustration concrète de cette dynamique. En invitant les professionnels à poser une question simple — mais essentielle — aux patients, cette démarche recentre le soin sur ce qui compte réellement pour l’usager. Cette question favorise la communication, renforce l’engagement des patients et facilite la décision partagée. Plus largement, elle contribue à transformer la relation entre patients et professionnels en une véritable collaboration.

Le véritable défi n’est pas d’appliquer un modèle de partenariat patient, mais d’en construire un qui fasse sens localement. Cela suppose d’ouvrir un dialogue sincère entre les patients, les professionnels et l’institution, en prenant au sérieux ce qui est important pour chacun. C’est dans ce croisement des attentes, des savoirs et des responsabilités que peut émerger un partenariat patient vivant, capable de nourrir l’amélioration des pratiques et de renforcer durablement la qualité et la sécurité des soins.  

 

Notes : 

1- Haute Autorité de santé (HAS). Référentiel de certification des établissements de santé pour la qualité des soins. Saint-Denis La Plaine: HAS; 2025. 187 p. Accessible à : https://www.has-sante.fr/upload/docs/application/pdf/2025-01/referentiel_certification_es_qualite_des_soins_version_2025.pdf (Consulté le 16-03-2026).

2- Ministère des Solidarités et de la Santé. Programme national pour la sécurité des patients 2013-2017. Rapport d’activité. Paris: Ministère des Solidarités et de la Santé; 2017. 28 p. Accessible à : https://sante.gouv.fr/IMG/pdf/programme_national_pour_la_securite_des_patients_2013-2017.pdf (Consulté le 16-03-2026).

3- Haute Autorité de santé (HAS). Soutenir et encourager l’engagement des usagers dans les secteurs social, médico-social et sanitaire. Saint-Denis La Plaine: HAS;2020. 9 p. Accessible à : https://www.has-sante.fr/upload/docs/application/pdf/2020-09/has_49_reco_engagement_usagers.pdf (Consulté le 16-03-2026).

4- Pomey MP, Flora L, Karazivan P, et al. The Montreal model: the challenges of a partnership relationship between patients and healthcare professionals. Health Expect. 2015;18(6):1718-1730.

5- Staines A, Coelho V, Nadine Gutnick DN, Mattelet A, Louiset M. « Qu’est-ce qui est important pour vous ? » Amorcer le partenariat avec le patient et ses proches. Risques & Qualité 2020;(17)3;137-142. Doi : 10.25329/rq_xvii_3_staines.