Édito | Risques & Qualité en milieu de soins – 22 ans déjà…

jacques fabry

jacques fabry

Fondateur de Risques & Qualité en milieu de soins
Autres articles de l'auteur dans Risques et qualité Articles dans PubMeb
,

Aux contributeurs et aux lecteurs,

En 2004, Bernard Grynfogel, Olivier Baradelle et moi-même avons créé une revue originale, Risques & Qualité en milieu de soins, la toute première dans ce domaine en langue française. L’objectif nous semblait tout à fait clair et justifié. Les institutions, les établissements, les professionnels, et de plus en plus les patients et leurs représentants, en France et dans d’autres pays francophones, tous s’engageaient dans une démarche en construction : la promotion de la qualité des soins dans toutes ses dimensions et la gestion des événements indésirables, premiers marqueurs de la non-qualité. Ce qui avait été la préoccupation de quelques précurseurs, devenait maintenant l’affaire de tous. Une revue de qualité était nécessaire, exigeante sur les textes rassemblés, variée dans ses contenus, associant des comptes rendus d’expérience et de recherche, des revues générales et des mises au point, des recommandations pratiques… 
L’objectif était d’accompagner les acteurs de la qualité et de la gestion des risques dans leur démarche qui est à la fois scientifique et politique. Onze ans plus tôt, les hygiénistes hospitaliers avaient bénéficié de la revue Hygiènes qui, dans le domaine des risques infectieux, tient la même place – avec dans ce cas, le soutien utile d’une société scientifique. Avec notre comité éditorial et notre comité de rédaction, nous nous sommes efforcés de conduire la revue dans le même esprit.

En tant que rédacteur en chef, il est temps, l’âge venant, de passer le relais. Et je me réjouis que ce passage se fasse de façon harmonieuse. D’abord Jean Petit a accepté de prendre en main la revue, dès ce numéro. Nous connaissons tous son parcours, ses actions hospitalières et ce qu’il a mené en appui des responsables publics (ministère, agences, associations…). Ça va être du solide. Et l’autre sujet de satisfaction est la reprise de la petite société Health & Co par Edimark un groupe de presse important et expérimenté. Avec Benjamine de Viville qui reste à la manœuvre, la revue est assurée d’un avenir sans défaillance.

Un grand merci à vous tous.

Jacques Fabry 
Fondateur de Risques & Qualité en milieu de soins

_____________
 

Jean Petit
Rédacteur en Chef

En 2004 était publié, à l’initiative de son créateur le Professeur Jacques Fabry, le premier numéro de la revue Risques & Qualité en milieu de soins. À la veille de reprendre la mission de rédacteur en chef qu’il a conduite durant toutes ces années, je souhaite lui témoigner mon amicale reconnaissance et celle de tous les membres du comité de rédaction et du comité éditorial qui se sont succédé et l’ont accompagné dans ce projet. Lecteur des premières heures, je mesure l’importance de la tâche accomplie et m’associe à la satisfaction exprimée tout au long de ces années par les lecteurs.

Les premiers numéros de la revue, en 2004, portaient témoignage des fondements de la politique française d’amélioration continue de la qualité et de la sécurité déjà présents, notamment les premières recommandations pour la pratique clinique (RPC) et les premiers outils d’évaluation des pratiques professionnelles (EPP) développés par l’Agence nationale pour le développement de l’évaluation médicale (Andem) dès 1991 ; la première procédure d’accréditation des établissements de santé élaborée et mise en œuvre par l’Agence nationale d’accréditation et d’évaluation en santé (Anaes) dès 1996 ; les premières dispositions sur le droit des patients, entrées dans le Code de la Santé Publique en 2002, à l’initiative de Bernard Kouchner. Année de réformes, 2004 avait notamment vu la création de la Haute Autorité de santé (HAS), la création d’une procédure d’accréditation des médecins et équipes médicales exerçant des spécialités à risques, l’accréditation des établissements de santé – elle-même accréditée par l’International society for accreditation in healthcare (ISQUA) devenant certification.

Très tôt, Risques & Qualité abordait les dispositions de la loi Hôpital Patient Santé Territoires (HPST) de 2009, notamment la démarche d’amélioration et d’évaluation des compétences des professionnels de santé dite « développement professionnel continu » (DPC). Les années 2010 ont été marquées par de nombreuses évolutions : la prise de conscience de la fréquence et la gravité des événements indésirables associés aux soins, conduisant à la publication de plusieurs décrets et l’élaboration d’un programme national pour la sécurité des patients ; l’obligation de recueil d’indicateurs nationaux de qualité et de sécurité des soins (Iqss), certains donnant lieu à une incitation financière à la qualité (Ifaq) ; l’évaluation et la prise en compte de l’expérience des patients pour guider leur prise en charge, parfois en partenariat avec eux. Alors que les cycles de certification des établissements de santé se succédaient, avec des taux de réussite stables malgré des exigences croissantes, un dispositif similaire voyait le jour pour les établissements et services sociaux et médico-sociaux (ESSMS).

Difficile de ne pas souligner la complexité croissante mobilisant au niveau central – outre le ministère en charge de la Santé et ses directions – des établissements publics administratifs (HAS, ANSM, Agence de la biomédecine, mais aussi Anap, Atih, ANS…) et les Agences régionales de santé (ARS) avec, selon des modèles variables, les OMEDIT, les SRA…

Parcourir ces 20 premières années de Risques & Qualité, c’est revivre toutes ces étapes, avec leurs succès et leurs échecs, c’est aussi mesurer l’immense capacité d’innovation et de progrès des professionnels de santé en France et dans les pays francophones. Les prochaines années s’annoncent tout aussi enthousiasmantes.

Toutes les études concordent à affirmer que le système de santé, auquel les citoyens sont particulièrement attachés, ne peut perdurer sans des évolutions critiques face aux effets sanitaires du vieillissement progressif de la population et au coût de plus en plus élevé des thérapies innovantes, notamment en cancérologie. Dès cette année 2026, des évolutions majeures et simultanées se profilent dans le champ de la qualité et de la sécurité des soins, incluant la prise en compte de la voix des patients.

La revue Risques & Qualité sera au rendez-vous de ces changements :

  • le développement de modes d’organisation garantissant la coordination des structures et des professionnels intervenant dans la prise en charge des patients, tant pour les pathologies aiguës (médecine et chirurgie ambulatoires) que pour la prévention et la prise en charge des affections chroniques (responsabilité populationnelle, démarches de prise en charge partagée) ;
  • la généralisation des démarches d’évaluation et d’amélioration de la pertinence des prescriptions, des décisions complexes et des actes ;
  • la pérennisation de nombreuses démarches d’évaluation externe de la qualité (certification des établissements de santé, évaluation externe des ESSMS, Iqss et Ifaq, indicateurs régionaux et Caqes, évaluation des agences nationales spécialisées…) ;
  • l’engagement des patients (de mieux en mieux informés, ou… désinformés), avec notamment le développement 
    des démarches sur la valeur en santé (Value Based HealthCare ou VBHC) ;
  • l’évaluation de la compétence des professionnels de santé, dimension critique de la qualité des soins, enfin (peut-être) accompagnée et évaluée dans le cadre de la démarche de certification périodique des professionnels disposant d’un Ordre, voire… des autres ;
  • l’essor des thérapies innovantes particulièrement coûteuses (anticorps monoclonaux…) et l’émergence de nouveaux sujets éthiques ;
  • l’évolution fulgurante du numérique en santé : l’automatisation du recueil permettant enfin l’exploitation des indicateurs de processus… et de résultats, et l’intelligence artificielle à toutes les étapes du soin, avec ses bénéfices et ses risques ;
  • et… bien d’autres.

Dans ce contexte, la revue Risques & Qualité entend maintenir sa ligne éditoriale. Elle continuera à associer la publication de comptes rendus de recherche soumis à une relecture exigeante et des articles d’information professionnelle et d’actualité. Elle restera à l’écoute des politiques et démarches conduites à l’étranger, et développera ou renforcera ses relations vers la francophonie (Belgique, Suisse, Canada, Afrique francophone…).

Le comité de rédaction est à l’écoute de vos attentes. 
N’hésitez pas à les exprimer !